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Louis Derbré

Son
histoire

NÉ LE 16 Novembre 1925 MORT LE 3 Août 2011
YEUX Bleu
TAILLE 1m70
DISTINCTIONS Chevalier de l'ordre national de la Légion d'Honneur
 

Louis Derbré appartient à une longue lignée de sculpteurs, tous descendants en droite ligne d'Auguste Rodin, d'Aristide Maillol ou encore d'Etienne Martin : le démiurge n'assemble pas mais taille le bois et la pierre jusqu'à ce qu'un visage ou un corps émerge de la taille directe.

Aux origines était la terre

Louis Derbré est né à Montenay, près d'Ernée en Mayenne. Il est le fils de Jean-Marie et Marie-Louise Derbré, tous deux cultivateurs.

 

Issu du monde agricole, le jeune Louis n'est pas promis à de longues études. Scolarisé jusqu'à l'âge de 12 ans, il reste dans la ferme de ses parents jusqu'à l'âge de 19 ans, fournissant ainsi une aide et des bras pour l'exploitation agricole. De 12 ans à 19 ans, il arrache les chiendents l'hiver, coupe les blés d'été, aide les vaches à veler.

 

"Mon lieu renaissance explique, je le crois, ma manière de voir et de sentir les choses. Grandir dans une ferme en famille, vivre dans les champs, travailler la terre est une bonne école".

L'Appel de la ville

La fin de la guerre venue, Louis Derbré s'est aussi marié. Un changement de statut qui va précipiter son entrée dans le monde de la sculpture.

 

"M'étant marié, je me suis trouvé dans un changement de situation : je devais quitter la terre momentanément. Je suis donc venu à Paris, comme manoeuvre, en attendant de faire un service militaire qui n'a jamais eu lieu, étant donné que j'étais de la classe 45."

Ce service ne venant pas, il se trouve au contact d'étudiants des Beaux-Arts de la section Art et Dialogue qui travaillent dans la maison d'édition d'art où l'on modèle les saints et la Sainte Famille en argile.

 

"C'est en écoutant leurs dialogues qu'au bout de deux ou trois ans je suis moi-même devenu sculpteur. En suivant ces conversations d'Ecole qui me paraissaient conventionnelles, j'en suis venu à une espèce de révolte en moi-même et au lieu de dire : "non, ce n'est pas comme ça que je me vois", j'ai commencé à faire quelque chose.... J'étais obligé de "faire" d'une part parce que je m'ennuyais terriblement, et d'autre part, poussé par par je ne sais quelle force et ne demandais qu'à faire... Je me le demandais intérieurement, j'implorais tous les dieux de la terre pour que je puisse faire quelque chose qui me sorte de cette solitude qui était en moi... Et il s'est alors passé une révolution intérieure. Il y a eu un contact immédiat avec une nouvelle vie. J'ai découvert la sculpture en faisant le portrait d'un jeune peintre qui acceptait de poser pour moi...

 

C'était parmi les étudiants, à mon avis, le plus sensible et le plus intuitif... Il avait déjà compris quelque chose. Tout-à-fait sans qu'on se parle... Il avait accepté de poser pour moi, alors que j'étais un manoeuvre. Il n'y avait que lui qui acceptait de dialoguer avec moi. Il y a eu vers cette époque, je dirais "une mise à feu" : ça a été extraordinaire. Car je n'étais plus malheureux du tout. Je n'avais plus envie du tout de retourner dans ma campagne. Dans ce visage, je retrouvais tous les paysages : les vallées, tout le nez était une colline, les arcades sourcilières des mamelons et l'oeil un volume dans ce ce berceau... Tout se trouvait transposé. J'avais retrouvé là la vie intense. A compter de ce moment, ç'en était finie de ma solitude. Il y avait cette nouvelle vision et tout un monde commençait pour moi, en 1948."

 

Louis Derbré n'a alors que 23 ans.

© Atelier Louis Derbré
Sculpture en pierre, portrait de Louis Werschürr, H. 50 cm, 1950. Cette sculpture obtient le prix Fénéon en 1951, remis à l'artiste par Louis Aragon.
L'entrée dans l'atelier d'Emile Gilioli

Louis Derbré entre dans l'atelier d'Emile Gilioli en 1956.

 

"J'ai commencé avec Gilioli en 1957 ou 1956... On commençait à savoir que je pouvais travailler toute sles matières. Je connaissais parfaitement le moulage et javais appris entre temps tout ce qui concerne le métier qui est à côté de la sculpture. Tout ce qui est artisanat. Cela m'avait baeucoup apporté pour m'exprimer... Gilioli me disait : " Prends ton temps, fais le bien."

 

Et comme on travaillait le granit et le bronze, il y a eu une sorte de plénitude parce que ça apportait une fermeté à ma forme ; je savais faire des plans bien établis... Je les avais d'une façon innée, mais j'ai rencontré quelque chose comme une loi absolue... UNe tension dans les plans, dans les galbes, une tension dans un rond, dans un vide. Voilà l'apport reçu par Gilioli. Tout ce qui concerne l'histoire de tailler et la perfection de la lumière sur un plan... Mais j'ai transposé. Je transpose automatiquement en créant une "figuration abstraite."  Gilioli atteint la plénitude, en plein accord avec ce qu'il fait. Il va, à mon sens, jusqu'au bout de ce qu'il peut donner comme densité dans son domaine, dans son problème qui n'est pas le mien...

 

Je n'ai jamais pensé, ni même été tenté de faire une autre forme, parce que j'étais chez Gilioli. J'ai seulement compris ma transposition. Cela m'a confirmé dans ma façon de penser, de voir. J'ai pu obtenir ainsi, disons, le côté architectural dans la transposition. J'étais très contrent de travailler chez Gilioli, parce que j'y faisais cette connaissance avec l'Art abstrait et que si je n'avais pas eu cette connaissance, je n'aurais peut-être pas pu m'exprimer avec une telle liberté... "

 

C'est donc bien dans l'atelier que Louis Derbré rencontre l'abstraction. Mais il ne se départit pas du rapport au corps.

 

Les expositions