« Figuration et abstraction se recoupaient. Très vite j’ai compris, après quelques essais sans intérêt d’une sculpture faussement abstraite et qui ne me correspondait pas, que l’important était bien ce que je vivais… »
(page 120 - Jacqueline Lerat / 8 artistes & la terre/éditions Argile/2009)
La sculpture est à la source de la céramique de Jean Lerat du fait de sa formation à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Bourges dès 1927 et le soutien de son professeur, Noël Feuerstein, inspiré par Bourdelle et ancien élève de l’Ecole Boulle. Lorsqu’il arrive au printemps 1941 à La Borne, il ne sait pas tourner contrairement à la plupart des céramistes. Il est immédiatement passionné par le modelage que rend possible la qualité des argiles locales. Il réalise des animaux et des personnages. Il modèle des scènes inspirées de l’antiquité, de l’histoire, de la vie rurale. Il apprend rapidement à tourner auprès des potiers du village ce qui lui permet de développer des vases ornés. Jacqueline Bouvet puis Jacqueline Lerat, formée au tournage et au décor de ses pièces tournées, découvre les plaisirs du modelage avec la commande de François Guillaume en août 1943 pour la réalisation de crèches pour noël 1943. L’art sacré ouvre après le mariage de Jean et Jacqueline le 3 février 1945, de nouvelles perspectives d’œuvres de grandes dimensions pour une nouvelle esthétique des églises catholiques. Pour Jean Lerat, on peut noter la réalisation de la croix de la Verrerie et la Vierge à l’Enfant de l’église de Rézé. Pour Jacqueline Lerat, on peut citer la crèche de la cathédrale Saint Etienne de Bourges. Elle se consacre ensuite à une vision rénovée de la maternité. L’utilisation des chamottes pour les médaillons du lycée Marguerite de Navarre en 1953-1954 démontre l’intérêt de cette technologie pour de nouvelles réalisations sculpturales. En 1960, les vases deviennent sculptures. Après cette date, Jean et Jacqueline développent chacun leur voie propre où la sculpture domine. Ils ont en commun les argiles de La Borne, des chamottes et des oxydes. Les années 1950 sont marquées par la nudité et le naturalisme. Les églises romanes sont nettoyées. Les bétons sont utilisés tel quel. Les corps s’exposent au soleil. A la Borne les argiles de qualité sont utilisées tel quel et ne sont plus systématiquement couvertes d’émail.
Pour Jean et Jacqueline l’abstraction ne peut être une fin en soi. A cette époque leu ami Maxime Descombin devient le chantre d’une sculpture géométrique et sobre. Ils ne veulent pas limiter leurs domaines de recherche. L’abstraction est l’occasion d’une simplification des formes parfois jusqu’à l’extrême (maternités bornes). Leurs recherches peuvent s’inspirer des différents courants de l’art moderne. Mais ils restent libres de s’inspirer de la nature, des corps et généralement de leur environnement. Jean réalise de grandes sculptures, souvent exposées dans les expositions de François Mathey au musée des arts décoratifs. Pour Jacqueline, elle poursuit le développement de ses recherches sur le corps et la nature. Cela aboutit à la série des Equilibres et des Colonnes de la fin de sa vie. 24-01-2026