Hommage à Lautréamont - 1967
Participants: Jean-Jacques Lebel, Danièle Hibon, Andrès Neuman et quelques amis de Montevideo.
Avant le happening de l'Instituto Di Tella de Buenos Aires, Jean-Jacques Lebel s'est rendu à Montevideo, répondant à une invitation d'Andrès Neuman. Afin de poursuivre ses activités en dehors des circuits artistiques habituels, Jean-Jacques Lebel conçoit sur place un happening improvisé qui prend la forme d'un hommage à Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, né à Montevideo. Son regard fut attiré par une énorme cheminée en brique située sur un promontoire au bord de l'océan Atlantique qui servait à l'évacuation des gaz toxiques des égouts. L'océan servait donc de décharge aux égouts de la ville! Le «vieil océan » de Maldoror faisant office de poubelle industrielle! C'en était trop!
Par association d'idées, Jean-Jacques Lebel opère ici un mixage horrifié, coagulant cette fois le travail de mémoire, les égouts, Maldoror et son «vieil océan». La cheminée d'égout change de statut, elle est érigée en hommage phallique à Lautréamont.
À ce happening confidentiel ont participé à peine vingt personnes, dont deux militants anarchistes du futur groupe Tupamaros. Jean-jacques Lebel a plus tard exalté certaines actions des Tupamaros dont l'humour exemplaire et le mode opératoire à la fois politique et imaginatif pouvaient, toutes proportions gardées, montrer des similitudes avec l'esprit du happening. Ainsi, lors d'une grève avec occupation d'usine, les Tupamaros sont arrivés masqués et armés. Ils ont arrêté le patron. Mais au lieu de le tuer, ils lui ont administré une fessée déculottée publique dans la cour devant les grévistes hilares. Cette action symbolique, bien plus efficace que la violence militariste, a démystifié le fonctionnement du pouvoir dans l'entreprise capitaliste et dans l'ensemble de la société.