Vendredi 06 Septembre 2019 11:58 Europe/Paris | Actualisé : 12 Septembre 2019 7:41

Etienne Robial ou le design au carré

Etienne Robial ou le design au carré
Portrait d'Etienne Robial
Contre-culture ou Culture ? Dans le cadre de sa saison consacrée au graphisme, le MABA présente une mini rétrospective entièrement dédiée à Etienne Robial. Visite guidée des salles avec le chantre du graphisme des années 80-90 en personne, à la fois éditeur, collectionneur, libraire, designer graphique et audiovisuel.

S'il y a bien quelque chose qu'Etienne Robial déteste dans la vie, c'est qu'on lui dise qu'il est un artiste. Ou qu'il fait joli ! A 70 ans et quelques unités, le bonhomme a multiplié les expériences, de Métal Hurlant, à Canal +, PSG ou l'Equipe, en passant par la création de pochette de disques pour les rockers de Starshooter ou le générique de l'émission Les Enfants du Rock animée par Antoine Decaunes. Tout le monde, sans toujours le savoir, connaît son travail ou a vu ses images. Il prouve ainsi que l'on peut ne pas être spécialement fan de bandes dessinées et devenir le co-fondateur du Festival International de la bande dessinée d'Angoulême, marquer de son sceau la presse sportive ou la télévision des années 80-90, sans avoir jamais regardé un match de foot ni même possédé une télévision. Affaire d'efficacité et d'allégeance au pouvoir des carrés posés sur une trame géométrique.
Designer-bidouilleur
Formé à Penninghen, Etienne Robial termine ses études en 1968, en plein rêve révolutionnaire, à une époque où les étudiants de l'Ecole des Beaux-Arts couvrent Paris d'affiches aux accents presque publicitaires. Ces images, produites grâce à la technique de la sérigraphie, tout juste importée de chez Warhol par Guy de Rougemont, annoncent l'avénement d'une contre-culture. Aux orties, la "culture à la papa" ! Vive la bande dessinée et les Comics.

Pourtant, fidèle à l'esprit du Bauhaus, Etienne Robial cherche, détourne et construit, toujours avec trois fois rien. Il découpe, assemble, reproduit et agrandit, étudie l'approche d'une police typographique lettre par lettre, à la main et surtout à l'oeil. Car tout n'est qu'une affaire de perception visuelle, vous expliquera notre homme avec jubilation en vous présentant une succession de carrés au mur : l'isocèle, le Max Bill, le 5/4 format natif de la télévision, le Din 476 plus communément appelé le format A4 ou le rectagne d'or, etc. Tout un monde logique s'ouvre alors aux non-spécialistes. Ses débuts sont aussi l'époque des copains et de la débrouille, du coup de mains donné en urgence et sans budget. Après des débuts de libraire, il lance avec Florence Cestac les éditions Futuropolis qui introduisent en France Flash Gordon ou Batman, mais aussi assure la diffusion des opus créés par des amis : Baudoin, Crumb, Götting, Tardi, Willem, etc. Et toujours, un système de construction d'une logique de collection pour aller à l'essentiel et simplifier la production : un format, un visuel et le nom de l'auteur écrit en grosses lettres sur la couverture. Un principe que l'on retrouvera décliné à travers les pochettes de disques d'une collection de jazz dont il demeure "addict" ou une série de best off de chanteurs français lancée par Universal...

 

La télévision en point de mire
Etienne Robial vous le dira ! La télévision "pré-canal+", ce sont des heures de diffusion très restreintes dans la journée et toujours ces mêmes speakerines qui le soir, vous annonce la fin de la journée et le programme du lendemain. La naissance de Canal+ fait alors l'effet d'une bombe dans le paysage audiovisuel et peine à démarrer. Comme à son habitude, avec la compliciuté de Pierre Lescure, Etienne Robial crée l'identité graphique de la chaîne, acquiert les droits de la Futura, police géométrique créée par Paul Renner entre 1924 et 1927 pour la fonderie Bauer, puis peaufine son système de construction autour de la succession de carrés de couleurs. Et oui la couleur ! Et Etienne Robial de vous expliquer avec plaisir comment tous les génériques et leur musique sont callés sur le temps que l'on appelle en télévision "le temps de l'hypopotame", c'est-à-dire 15 secondes pour assurer un fonctionnement optimal dans tous les pays où est diffusée la chaîne. Grande classe !
 
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