Lundi 28 Janvier 2019 11:21 Europe/Paris | Actualisé : 12 Février 2019 11:07

Voyage chez César Manrique

Voyage chez César Manrique
César Manrique dans une nature transformée en Land Art
Quel artiste n'a pas rêvé de transformer un paysage en oeuvre artistique ? A l'heure des vacances d'hiver, petit voyage dans l'archipel des Canaries pour découvrir comment César Manrique a transformé l'île volcanique de Lanzarote en un paradis terrestre.

 

A quelques encablures de l'Afrique, l'île espagnole de Lanzarote fut en pleine période Pop, un des hauts lieux de la fête. On y croise alors Peter Sellers, Antony Queen, Rita Hayworth, Pedro Almodóvar, Omar Sharif, Joan Miró ou Andy Warhol. Et surtout, bien sûr, César Manrique, l'hôte des stars !
 
Né sur l'île en 1919, Manrique manifeste très tôt des prédispositions pour l'Art. Après l’intermède de la Guerre Civile dont il ne souhaitera plus jamais parler, il entre aux beaux-arts de Madrid et en sort diplômé. Antoni Tàpies et Joan Miró occupent alors le devant de la scène, ce qui n'empêche nullement Manrique d'acquérir une certaine renommée tant en Espagne qu'à l’étranger. Invité comme professeur à l’International Institute of Art, il débarque à New York en 1966. Quelques semaines plus tard, il se retrouve au coeur de l'intelligentsia américaine et signe un contrat avec la galerie Catherine Viviano qui expose déjà Max Beckmann et Afro (Afro Basaldella), le membre du Groupe des Huit (Gruppo degli Otto). Le succès est immédiat et la galerie lui organise trois expositions successives au 42 East 57th Street.
 
Pour autant, César Manrique s'ennuie. Deux ans plus tard, il est déjà de retour dans la capitale de l’île avec l’ambition de protéger les paysages volcaniques menacés de destruction par les promoteurs ! Marqué par l’Expressionnisme Abstrait de Pollock, le Pop Art de Warhol et l’Art cinétique de Julio Le Parc, il développe alors une voie qui tend à l'harmonie et à " l'intégration de l'art à la nature et de la nature à l'art ".
 

L'intégration de l'habitat dans la nature

De retour sur son île en 1968, le peintre et sculpteur César Manrique se mue en architecte pour servir ses ambitions écologiques. On le verra même régulièrement parcourir l'île dans une 4L surmontée d'un mégaphone pour mobiliser les habitants en faveur de la protection de l’environnement.


Une des premières réalisations de César Manrique, menée avec l'artiste paysagiste Jesús del Carmen Soto Morales (1928 - 2003), que d'aucuns confondent régulièrement avec Jesus Raphael Soto, montre clairement les options artistiques retenues par César Manrique qui suit les principes de l'architecture organique de Frank Lloyd Wright. Jameos del Agua, espace contigu à la Cueva de los Verdes est une galerie de plusieurs km sous le niveau de la mer. Il y utilise, comme il le fera d'ailleurs pour sa propre demeure, les bulles volcaniques qui se sont formées sous la lave en fusion pour les aménager en pièces de vie. De cet ensemble insolite émerge bientôt un lieu de rêve, des salons, une piscine qui se joue du contraste entre le blanc de la chaux et le noir de la lave, un auditorium aux accents futuristes et à une acoustique exceptionnelle. La Fondation Manrique, le restaurant le Mirador Del Rio, le Castillo San José, le restaurant El Diablo seront tous imaginés et développés en suivant les potentiels de la nature dans une logique sans cesse réaffirmée de dedans / dehors. Tous les aménagements et le mobilier, jusqu'aux costumes des salariés, conçus par César Manrique confinent au raffinement le plus absolu. Un art de vivre qui va désormais s'accaparer toute l'île jusqu'à l'habitation que l'acteur Omar Sharif commande à César Manrique et qu'il finira par perdre au bridge...
 

Aux vents de l'Art

Volcanique, l'île de Lanzarote est aussi soumise à l'influence forte des vents. Un terrain de jeu et d'expérimentation qui ne pouvait laisser César Manriquen insensible. S'il parvient à faire disparaître les câbles d'alimentation de l'île sous le sol, il structure aussi l'île autour d'un réseau de sculptures ludiques et colorées. Ici pas de moteur faire vibrer les sculptures cinétiques. C'est au vent de jouer dans les structures métalliques pour les animer et faire vivre l'île même sans la présence de son bienfaiteur.
Le 25 septembre 1992, César Manrique meurt des suites d'un accident de voiture, à un carrefour situé tout près de sa Fondation. En lieu et place de ce croisement fut érigée une des dernières sculptures du maître intitulée Juguetes del Viento. 30 ans après sa mort, l'île de Lanzarote demeure un lieu atypique où les panneaux publicitaires et les maisons de plus de deux étages sont interdits et qui reçoit plus de 250 000 visiteurs par an. Mission accomplie donc... Mais au final, ne devrait-on pas tout simplement confier une bonne partie de notre société aux artistes et rejoindre les mots pleins de promesses de César Manrique : "Une des préoccupations fondamentales ayant déterminé mon oeuvre artistique a été de tenter de réaliser l'intégration harmonieuse des concepts et des formes en peinture, en sculpture et dans les espaces, avec la nature. Je crois que cette façon d'intégrer le plus grand nombre possible d'éléments artistiques - couleurs, dimensions, ambiances, proportions, etc. - peut contribuer à améliorer la jouissance esthétique et la qualité de vie. Il faut créer et agir en liberté, rompre avec le formel, et élargir le concept de l'art à la vie quotidienne de l'homme, en programmant des espaces non hostiles selon le modèle d'intégration art-nature / nature-art."


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