Spazialismo

Créé en 1947 par Lucio Fontana, le Spazialismo ou Spatialisme est un mouvement italo-argentin. Né d'un Livre Blanc publié en 1946 et rédigé avec des étudiants de l'Ecole libre d'Arts plastiques d'Altamira, on y trouve une référence claire et précise à la couleur, au son et au mouvement. Julio Le Parc, élève pourtant élève de Lucio Fontana, ne pose pas en signataire du Livre Blanc, pensant devoir appuyé un tel manifeste sur une production effective d'oeuvres d'art.

Textes fondateurs: 

MANIFEST BLANC (1946)
NOUS CONTINUONS L'ÉVOLUTION DE L'ART L'art traverse aune période de latence. Il existe une force que l'homme ne peut manifester. Nous l'exprimons verbalement dans ce manifeste. Pour cela, nous demandons à tous les hommes de science du monde, conscients du fait que l'art est une nécessité vitale de l'espèce, d'orienter une partie de leurs recherches vers la découverte de cette substance lumineuse et malléable et des instruments qui produiront les sons afin de permettre le développement de l'art tétradimensionnel. Nous remettons aux chercheurs la documentation nécessaire. Les idées ne se récusent pas. Elles existent en germe dans la société, et les penseurs et les artistes les expriment. Toute chose surgit par nécessité et possède une valeur à son époque. Les transformations des moyens matériels de vie déterminent les états psychiques de l'homme à travers l'histoire. Le système qui régit la civilisation depuis ses origines se transforme. Il est progressivement remplacé par un système qui lui est opposé dans son essence et dans toutes ses formes. Toutes les conditions de vie sociale et individuelle se transformeront. Chaque homme vivra en fonction d'une organisation intégrale du travail. Les découvertes démesurées de la science gravitent autour de cette nouvelle organisation de la vie. La découverte de nouvelles formes physiques, la maîtrise de la matière et de l'espace imposent peu à peu à l'homme des conditions qui n'ont jamais existé au cours de l'histoire. L'application de ces découvertes à toutes les formes de vie provoque une modification de la nature humaine. La structure psychique de l'homme se transforme. Nous vivons à l'ère de la mécanique. Déjà le carton peint et le plâtre n'ont plus de sens. Dès l'instant où furent découvertes, à chaque période historique, les formes connues de l'art, un processus analytique s'instaura pour chacune d'elles. Chaque forme obéissait à un sytème d'ordre indépendant. Toutes les possibilités furent connues et développées, tout ce qui pouvait être exprimé l'a été. Des états d'esprit identiques ont été exprimés dans la musique, l'architecture, la poésie. Afin d'étancher cette soif de connaissance, l'homme divisait ses énergies en des manifestations diverses. L'idéalisme apparut lorsque l'existence ne put être expliquée de façon concrète. On ignorait les mécanismes de la nature. On connaissait le processus de l'intelligence. Tout résidait dans les possibilités propres à l'intelligence. La connaissance se limitait à de confuses spéculations qui débouchaient très rarement sur une vérité. Les arts plastiques se caractérisaient par des représentations idéales de formes connues, par des images auxquelles on attribuait idéalement une réalité. Le spectateur imaginait des objets un par un, il imaginait la différence entre la représentation d'un muscle et celle d'un vêtement. De nos jours, la connaissance expérimentale remplace la connaissance imaginaire. Nous sommes conscients du fait que le monde existe et s'explique par lui-même, qu'il ne peut être modifié par nos idées. Nous avons besoin d'un art aux valeurs intrinsèques, dans lequel ne puisse intervenir l'idée que nous en avons. La matérialisme ancré dans toutes les consciences exige un art qui possède ses valeurs propres, un art éloigné de la représentation perçue aujourd'hui comme une farce. Hommes de ce siècle, nourris de matérialisme, nous sommes devenus insensibles à la représentation des formes connues et à la narration d'expériences sans cesse répétées. L'abstraction a été conçue à la suite de déformations successives. Mais cette nouvelle étape ne correspond plus aux exigences de l'homme actuel. On demande un changement dans l'essence et dans la forme. On demande un dépassement de la peinture, de la sculpture, de la poésie, de la musique. On a besoin d'un art supérieur compatible avec les exigences de l'esprit nouveau. Les conditions fondamentales de l'art moderne apparaissent clairement dès le XIIIe siècle, quand l'espace commence à être représenté. Cette tendance est stimulée par l'apport successif des grands maîtres. Au cours des siècles suivants, l'espace est représenté avec toujours plus d'ampleur. Les baroques font un grand pas en ce sens : ils représentent avec une magnificence jamais dépassée encore, et intègrent aux arts plastiques la notion de temps. Les figures semblent abandonner la surface place pour continuer dans l'espace les mouvements représentés. Cette caractéristique reflétait chez l'homme l'apparition d'une nouvelle conception de l'existence. Pour la première fois, la physique de l'époque expliquait la nature par la dynamique. Comme principe de compréhension de l'univers, il fut déterminé que le mouvement est une condition immanente de la matière. Ce point de l'évolution une fois atteint, la nécessité de mouvement est si grande qu'elle ne peut être satisfaite par les arts plastiques. Alors l'évolution se poursuit au niveau de la musique. La peinture et la sculpture entrent dans la période du néo-classicisme, véritable marais de l'histoire de l'art, et se dévaluent par rapport à l'art du temps. Le temps une fois conquis, le besoin de mouvement s'est pleinement manifesté. La libération des règles conféra à la musique un dynamisme toujours croissant (Bach, Mozart, Beethoven). L'art continua à se développer autour de la notion de mouvement. La musique conserva cette suprématie pendant deux siècles et à partir de l'impressionnisme évolua en parallèle avec les arts plastiques. DÈS LORS L'ÉVOLUTION DE L'HOMME EST UNE COURSE VERS LE MOUVEMENT, MOUVEMENT DÉVELOPPÉ DANS LE TEMPS ET DANS L'ESPACE. ON SUPPRIME PROGRESSIVEMENT DANS LA PEINTURE LES ÉLÉMENTS QUI NE CONTRIBUENT PAS À DONNER L'IMPRESSION DE DYNAMISME. Les impressionnistes sacrifiaient le dessin et la composition. Chez les futuristes, certains éléments sont éliminés et d'autres perdent de l'importance car ils sont encore subordonnés à la sensation. Le futurisme adopte le mouvement pour seul principe et seule fin. Les cubistes nient que leur peinture soient dynamique ; l'essence même du cubisme est la vision de la nature en mouvement. Lorsque la musique et les arts plastiques unissent leur évolution au moment de l'impressionnisme, la musique s'inspire de sensations plastiques et la peinture semble se dissoudre dans une atmosphère sonore. Dans la majorité des oeuvres de Rodin, nous remarquons que les volumes semblent tournoyer dans cette même ambiance sonore. Sa conception est essentiellement dynamique et très souvent à exacerber le mouvement. dernièrement, n'a-t-on pas pressenti la "forme" du son ? (Schoenberg) ou une superposition, une corrélation de "plans" sonores (Scriabine). La similitude entre les formes de Stravinsky et la planimétrie cubiste est évidente. L'art moderne se trouve dans un moment de transition qui exige une rupture avec l'art antérieur afin de laisser la place à de nouvelles conceptions. Cette situation considérée de façon synthétique correspond au passage du statisme au dynamisme. confiné dans cette transition, l'art ne pouvait se défaire entièrement de l'héritage de la Renaissance. Les mêmes matériaux et les mêmes disciplines servaient à exprimer une sensibilité complètement différente. Les éléments du passé étaient utilisés à contresens. Des forces antagoniques étaient en conflit : le connu et l'inconnu, le futur et le passé. C'est pourquoi se sont multipliées les tendances fondées sur des valeurs opposées et poursuivant des objectifs apparement différents. Nous faisons nôtre cette expérience et nous la projetons vers un futur parfaitement clair. Conscients ou inconscients de cette démarche, les artistes modernes ne pouvaient y arriver. Ils ne disposaient pas des moyens techniques nécessaires pour traduire la mobilité des corps. Ils n'y parvenaient que de façon illusoire en représentant le mouvement par des moyens conventionnels. On discerne ainsi la nécessité de nouveaux matériaux techniques qui permettent d'atteindre le but recherché. Cette circonstance jointe au développement de la mécanique a produit le cinéma, et son succès témoigne d'une orientation spirituelle axée sur le dynamisme. L'homme est saturé de formes picturales et sculpturales. Ses propres expériences, ses répétitions lassantes attestent que ces formes d'art restent figées dans des valeurs incompatibles avec notre civilisation, privées de toute possibilité de développement futur. La vie tranquille n'existe plus. La notion de vitesse est devenue une constante dans la vie de l'homme. L'ère artistique des couleurs et des formes paralytiques touche à sa fin. L'homme devient de plus en plus insensible aux images fixes et dépourvues de vitalité. Les anciennes images statiques ne satisfont pas les désirs de l'homme nouveau élevé dans le besoin d'action, dans la coexistence avec la machine qui lui impose un dynamisme constant. L'esthétique du mouvement organique remplace l'esthétique fatiguée des formes fixes. Invoquant cette transformation opérée dans la nature de l'homme à travers des changements psychiques et moraux, et dans toutes les relations et activités humaines, nous abandonnons l'usage des formes connues de l'art et abordons le développement d'un art basé sur l'unité du temps et de l'espace. L'art nouveau tire ses éléments de la nature. L'existence, la nature et la matière forment une unité parfaite. Elles se développent dans le temps et dans l'espace. Le changement est un caractère essentiel de l'existence. Le mouvement, la capacité d"évoluer et de se développer sont les propriétés fondamentales de la matière. Celle-ci existe en mouvement et d'aucune autre façon. Son développement est éternel. La couleur et le son se trouvent unis à la matière dans la nature. La matière, la couleur et le son en mouvement sont les phénomènes dont le développement en simultané fait partie intégrante du nouvel art. La couleur, se développant en volume dans l'espace, adopte successivement différentes formes. Le son est produit par des appareils que nous ne connaissons pas encore. Nos instruments de musique ne peuvent créer de telles sonorités et les sensations qu'ils produisent n'ont pas l'amplitude requise. Une substance plastique mobile permet la construction de formes volumineuses et changeantes. Disposées dans l'espace, elles fonctionnent en synchronie, composant des images dynamiques. Nous exaltons ainsi la nature dans toute sa plénitude. La matière se manifeste de manière totale et éternelle en se développant dans le temps et l'espace, en adoptant au cours de sa transformation les différents états de l'existence. Nous concevons la nécessitée l'homme se rapproche de la nature, qu'il s'unisse à elle pour retrouver l'exercice de ses facultés originelles. Nous aspirons à une compréhension totale des valeurs primordiales de l'existence. C'est pourquoi nous instaurons dans l'art les valeurs substantielles de la nature. Nous présentons la substance, pas les accidents. Nous ne représentons ni l'homme, ni les animaux, ni les autres formes. Ce sont là des manifestations de la nature qui se transforment avec le temps, qui changent et disparaissent successivement, comme tous les phénomènes. Leurs conditions physiques et psychiques sont assujetties à la matière à son évolution. Nous nous tournons vers la matière et son évolution, sources génératrices de l'existence. Nous empruntons l'énergie même de la nature, son besoin d'exister et de se développer. Nous voulons un art libéré de tout sacrifice esthétique. Nous mettons en pratique ce que l'homme possède de naturel, de véritable. Nous refusons les faux semblants esthétiques inventés par l'art spéculatif. Nous nous voulons proches de la nature, comme l'art ne l'a jamais été au cours de son histoire. L'amour de la nature ne nous amène cependant pas à la copier. Le sentiment de beauté que nous inspire la forme d'une plante ou celle d'un oiseau, le sentiment sexuel que nous inspire la vue d'un corps de femme se développent et agissent en l'homme selon sa sensibilité propre. Nous refusons les émotions particulières provoquées en nous par des formes déterminées. Notre intention est d'aborder de façon synthétique toutes les expériences de l'homme, qui, unies au fonctionnement de ses facultés naturelles, constituent une manifestation propre de l'être. Nous prenons comme principe de base les premières fois un son produit par des coups portés un corps en creux, les hommes de la préhistoire furent subjugués par ses combinaisons rythmiques. Poussés par la puissance suggestive du rythme, ils durent danser jusqu'à l'ivresse. Tout était sensation chez les hommes primitifs. Sensations face à la nature inconnue, sensations musicales, sensations du rythme. Notre intervention est de développer cette condition originelle de l'homme. Le subconscient, réceptacle magnifique qui emmagasine toutes les images perçues par l'intellect, adopte l'essence et les formes de ces images. Il abrite les notions qui informent la nature de l'homme. Quand le monde objectif se transforme, ce qui est assimilé par le subconscient se transforme aussi et modifie à son tour le mode de conception de l'homme. L'héritage historique reçu des stades antérieurs de la civilisation et son adaptation à de nouvelles conditions de vie se réalisent grâce à cette fonction du subconscient. Le subconscient modèle l'homme, le complète et le transforme. Il lui transmet l'orientation qu'il a reçue du monde, et que l'individu adopte. Toutes les conceptions artistiques sont dues à la fonction du subconscient. Les formes de la nature ont servi de base au développement des arts plastiques. Les manifestations du subconscient se sont totalement adaptées aux formes naturelles par suite de la conception idéaliste de l'existence. La conscience matérialiste, c'est-à-dire la nécessité de choses tangibles, exige que les formes artistiques surgissent directement de l'individu, sans être adaptées à des formes naturelles. Un art basé sur des formes créées par le subconscient, équilibrées par la raison, constitue une expression véritable de l'être et une synthèse du moment historique. La position des artistes rationalistes est fausse. Dans leur effort pour faire prévaloir la raison et n/ier la fonction du subconscient, ils ne réussissent qu'à rendre leur présence moins visible. Nous pouvons observer ce phénomène dans chacune de leurs oeuvres. La raison ne crée pas. Dans la création des formes, sa fonction est subordonnée à celle du subconscient. Pour toutes ses activités, l'homme utilise la totalité de ses facultés, le libre développement de chacune d'elles est une condition fondamentale de la création et de l'interprétation de l'art nouveau. L'analyse et la synthèse, la médiation et la spontanéité, la construction et la sensation sont des valeurs qui concourent à son intégration dans une unité fonctionnelle. Et son développement par l'expérimentation est le seul chemin qui conduise à une manifestation complète de l'être. La société supprime la séparation de ses forces pour les intégrer en une seule force intérieure. La science moderne est basée sur l'unification progressive de ses éléments. L'humanité intègre se valeurs et ses connaissances. Ce processus s'est imposé dans l'histoire après plusieurs siècles de développement. De ce nouvel état de conscience surgit un art intégral ou l'être fonctionne et se manifeste dans sa totalité. Après plusieurs millénaires de développement artistique analytique arrive le moment de la synthèse. Avant, une division était nécessaire. Elle constitue aujourd'hui une désintégration de l'unité conçue. Nous concevons la synthèse comme une somme d'éléments physiques. Couleur, son mouvement, temps, espace, composant une unité physico-psychique. La couleur, élément de l'espace, le son, élément du temps, et le mouvement qui se développe dans le temps dans l'espace sont les formes fondamentales de l'art nouveau qui contient les quatre dimensions de l'existence. Temps et espace. L'art nouveau requiert le fonctionnement de toutes les énergies de l'homme dans sa création et son interprétation. L'être se manifeste intégralement dans la plénitude de sa vitalité. Bernardo Arias, Horacio Cazeneuve, Marco Fridman. Pablo Arias, Rodolfo Burgos, Enrique Benito, César Bernal, Luis Coll, Alfredo Hansen, Jorge Rocamonte. Couleur, son, mouvement

Artistes associés: 

Bernardo Arias, Pablo Arias, Rodolfo Burgos, Enrique Benito, César Bernal, Horacio Cazneuve, Louis Coll, Lucio Fontana, Marco Fridman, Alfred Hansen, Julio Le Parc, Jorge Rocamonte.