Lundi 25 Mars 2019 14:07 Europe/Paris | Actualisé : 01 Avril 2019 23:00

Rouge : un vent de Révolution souffle sur Paris

Rouge : un vent de Révolution souffle sur Paris
© Galeries Nationales du Grand Palais
Affiche de l'événement Rouge, Galeries Nationales du Grand Palais.

Hasards du calendrier... Les Galeries Nationales du Grand Palais organisent, sur fond de crise des Gilets jaunes, une exposition intitulée "Rouge : Art et Utopie au pays des soviets". Derrière un titre aux sonorités tintinophiles, l’exposition  propose un voyage en 400 oeuvres et quelques films à la découverte des artistes d'Avant-garde qui ont accompagné le Bolchévisme de 1917 à 1953.

 

Tout Paris en sourit. A l'heure où la France vit tous les samedis au rythme des Gilets jaunes, au moment même où la le Président de la République populaire de Chine arrive en France, les Galeries Nationales du Grand Palais inaugurent l'exposition Rouge, Art et utopie au pays des soviets. La scénographie de l'événement, organisée dans une approche chronologique, de 1917 à la mort de Staline en 1953, met en valeur la créativité des Maiakovski, Malevitch, Rodtchenko, Stepanova, El Lissitski ou Deineka à travers des courants aussi distincts que le Suprématisme, le Constructivisme ou encore le Réalisme Socialiste. Rien sur le Rayonnisme. Une période de l'Histoire du monde qui entretient une étonnante proximité avec l'esprit révolutionnaire qui semble s'installer durablement en France depuis les commémorations de mai 68, les lois travail et la hausse des taxes.

 

Is Yellow the new Red ?

Eric Hazan, fondateur des éditions La Fabrique, l'avait annoncé dans une interview vidéo voici quelque temps : "Nous sommes dans une période pré-révolutionnaire". Mais l'histoire ne se répète pas : elle bégaie. 1917 en rouge ;  2019 en jaune : à chacun sa couleur ! Les analystes, qu'ils soient issus de l'économie ou de la sociologie, décrivent aujourd’hui assez bien les mécanismes qui conduisent au mouvement des Gilets Jaunes : pauvreté, sentiment d'exclusion, clivage social. Rien à voir a priori avec la situation de la Russie pré-bolchévique. Un regard sur les oeuvres des Peintres Ambulants, celles d'Ilya Repin en particulier, pourtant absentes de cette exposition, pourrait même nous conforter dans cette opinion. La population russe de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, réduite au servage dans le sens plein du mot jusqu'en 1861, y apparaît d'une extrême pauvreté, conduite par les popes sous les bannières d'une procession étroitement surveillée par les policiers de l'Empire. Le point commun entre les deux époques n'est donc pas tant dans une réalité  que dans un sentiment : celui du déséquilibre et d'un rupture consommée entre le peuple et ses élites. Le soulèvement d'octobre 1917 et le mouvement des Gilets jaunes incarnent en ce sens, un espoir : celui d'une vie meilleure, d'un retour à plus d'équilibre ente riches et pauvres. Orb ab chao, diraient certains...

 

L'Agit Prop ce n'est pas pour tout le monde !

A l'inverse de leurs homologues de 1917, on chercherait en vain la participation des intellectuels et des artistes au grand mouvement des Gilets jaunes. Pas de Lénine, pas de Maiakovski ni de Rodchenko en vue. Pas de Tatlin ni de frères Steinberg non plus. Seul le Monde Magazine défraiera la chronique en publiant en Une de son titre, un portrait d'Emmaneul Macron fortement inspiré des photomontages de Rodchenko. Très impliqués dans la Révolution, les artistes russes s'organisent pour diffuser les idées nouvelles jusqu'aux confins de la Russie. Pour mieux convaincreune population analphabète, ils habillent les trains de slogans et d'images. Ils annoncent la fin de l'ancien monde et s'inspirent des luboks populaires pour créer des fenêtres RosTA, petites affiches qui vont orner les murs des villes ou les vitrines des boutiques. A l'inverse de mai 1968, la technique de la sérigraphie n'étant pas inventée ni importée en France par Guy de Rougemeont via la Factory de Warhol, les artistes russes impriment les contours et peignent le reste à la main. En alternative au Bauhaus, ce sont des écoles d'Art qui se créent : les fameuses Vhutemas. L'art doit être total et les ateliers s'organisent sous la direction des maîtres pour servir les idéaux de l'Union soviétique. Les artistes choisissent alors une spécialité : art monumental pour les uns, Arts Décoratifs pour les autres.

 

La dérive totalitaire

Rapidement dépassés par l'appareil politique, les artistes deviennent rapidement les indésirables du mouvement révolutionnaire. Staline prend le pouvoir après avoir écarté Lénine. Maiakovski se donne la mort. Finie l'abstraction. On en appelle désormais à un idéal figuratif qui n'est pas sans rapport avec la création d'un homme nouveau : plus fort, capable d'entamer la conquête de l'espace et évidemment plus nationaliste... C'est alors l'ère des grandes affiches de propagandes, celles d'un monde idéal, dans un pays totalement fermé sur l'extérieur, mais dont le graphisme n'est pourtant pas si loin des productions publicitaires américaines des années 50. L'alliance du mot et du verbe pour convaincre et faire adhérer les masses au produit communiste. Pour finir, en guise de clin d'oeil, un petit poème de Maiakowski nous rappelle le pouvoir des mots, n'en déplaisent aux interventions maladroites des hommes qui nous dirigent...

 

I know the power of words,
I know the tocsin of words.
They are not those that make theater boxes applaud.
Words like that make coffins break out
Make them pace with their four oak legs.
It happens they are thrown out,
Not printed, not published.
But the word gallops, its saddle girth tightened,
It rings through the ages and trains creep nearer
To lick... poetry's toil-hardened hands.
 

© Klucis
Lundi 25 Mars 2019 14:07 Europe/Paris | Actualisé : 01 Avril 2019 23:00