Centre de Recherche d'Art Visuel

Créé entre le groupe Motus et le G.R.A.V, le Centre de Recherche d'Art Visuel regroupe sensiblement les mêmes protagonistes que le G.R.A.V et propage les idées d'un art cinétique collectif tourné vers les spectateurs.

Et François Morellet de dire au sujet du Centre de Recherche d'Art Visuel : "Nous nous sommes vite aperçus que nous n'étions le centre de rien..." avant de donner naissance, dans la foulée au G.R.A.V, Groupe de Recherche d'Art Visuel, installé comme le Centre de Recherche d'Art Visuel au 9 rue Beautreillis à Paris.

Institué en Juillet 1960, les divisions théoriques entrainent dès la fin novembre de la même année le départ de François et Véra Molnar et de Servanes. De son côté, Sergio Moyano, compagnon des Beaux Arts de Julio Le Parc quitte la France.

 

Principales expositions

Ouverture de l'atelier du Centre de Recherche d'Art Visuel à partir du 10 décembre 1960.

Textes fondateurs
ACTE DE FONDATION

Ce jour, les soussignés déclarent fondé le Centre de Recherche d'Art Visuel.

Par la création de ce centre, ils veulent :

- confronter leurs recherches personnelles ou de petits groupes afin de les intensifier ;

- unir leurs activités activités plastiques, efforts, capacités et découvertes personnelles dans une activité qui tende à être celle d'une équipe ;

- dominer ainsi l'attitude traditionnelle du peintre unique et génial, créateur d'oeuvres immortelles. Ils partiront de leurs activités plastiques individuelles et au moyen d'une recherche organisée et soutenues par la confrontation du travail, des concepts et des activités plastiques de chacun, constitueront peu à peu une base solide, théorique et pratique, de l'expérience collective. Dans ce but : le Centre de Recherche d'Art Visuel sera un centre libre de toute pression esthétique, sociale ou économique.

- Le caractère et le but des recherches que poursuivront les membres du Centre de Recherche d'Art Visuel seront soumis à une analyse du Centre qui émettra son opinion.
- Ces recherches pourront constituer le point de départ d'autres recherches qui seront réalisées par ceux-là même qui les initièrent ou par d'autres membres du Centre.
- Chacun des membres du Centre de Recherche d'Art Visuel devra soumettre ses activités individuelles, lorsqu'elles concernent le Centre, à ce Centre, afin d'obtenir la solution la plus appropriée aux problèmes qui peuvent ainsi se présenter.

- On établira un registre où seront consignées les activités du Centre, l'histoire de ses recherches et ses possibilités de développement, tant théoriques que pratiques.
- De même on pourra établir des classifications concernant l'origine des recherches, leurs objectifs, les relations existant entre elles, ou leurs contradictions.
- Les membres du Centre de Recherche d'Art Visuel créeront la réglementation détaillée nécessaire au fonctionnement du Centre en accord avec les principes généraux ci-dessus énoncés.
 

Paris, Juillet 1960.

Essai d'appréciation de nos recherches

Nous croyons nécessaire d'affirmer que dans notre attitude, nous avons exclu toute prétention à l'absolu ou au définitif.
Notre principale préoccupation est de prendre une position consciente dans le courant de l'art actuel sur le plan plastique et sur le plan social.
Nous sommes parvenus à une activité artistique par les moyens traditionnels (étude du dessin, de la peinture, de l'histoire de l'art). De cet enseignement découle naturellement la création d'œuvres individuelles et uniques, et l'extériorisation de la personnalité. A cette voie correspond une structure sociale bien établie: salons, galeries critiques d'art, etc.
 

Deux alternatives se présentent à nous:
- ou nous continuons dans le monde mythique de la peinture, avec notre degré de capacité artistique, acceptant la situation du oréateur comme individu unique et privilégié, dont la position
sociale est des a présent établie
- ou, démystifiant l'art, nous le réduisons aux termes clairs équivalents à toute activité humaine.
 

Notre choix est fait !
Nous prétendons maintenant, au lieu d'un mécanisme obscur de création, nous intéresser au phénomène visuel vers lequel convergent nos conceptions et nos recherches pratiques.
Nous aimerions retirer de notre vocabulaire et de notre activité le mot art, en tout ce qu'il représente actuellement.
 

Il est vrai que certaines de nos expériences peuvent encore être appréciées d'une manière traditionnelle: dessin, tableau, relief, sculpture, etc.
 

En nous-mêmes commence à mourir l'idée de "l'œuvre artistique", du morceau d'art.


Nous savons que, pour obtenir des résultats dans cette voie, une longue étape de recherches sera nécessaire, jointe à une intense activité qui devra encore, en bien des points, se plier aux impératifs du panorama actuel de l'art. A cause de cela notre activité est accompagner d'une confrontation continue, en vue de cette prise de conscience. Toute œuvre d'art plastique est avant tout, une réalité visuelle. Nous affirmons l'existence du dialogue visuel entre l'être et l'objet. Et nous plaçons le fait plastique non dans l'émotivité de l'être, ou la réalisation artistique de l'œuvre en sol, mais dans une relation de ces deux pôles par des constantes visuelles. Nos recherches se situent sur ce plan immatériel existant entre l'objet plastique et l'oeil humain.

De là notre opposition aux réalisations plastiques qui s'adressent au monde subjectif de l'être, y recherchant par tous les moyens des résonances de caractère exclusivement émotionnel, ainsi que notre indifférence à l'égard des problèmes formels en tant que simple rhétorique de la surface, du volume, de l'espace du mouvement ou du temps. Le fait de placer nos recherches sur ce plan visuel entre l'être et l'objet, expliquera notre détachement de la forme en soi, avec son caractère particulier (Mondrian, écrits, 1941), et notre intérêt pour les relations pures atteindra le point où la forme sera. réduite à un degré infime d'expression individuelle, c'est-à-dire à l'anonymat et l'homogénéité.
 

En étendant cette attitude aux relations, nous permettrons à celles-ci également homogènes et anonymes, de concrétiser un état visuel nouveau que les éléments isolés ne peuvent donner.


Dans le cours de nos recherches, se fera chaque fois évident notre éloignement de l'objet plastique en soi avec ses solutions propres, et également de sa relation avec le spectateur dans le sens d'un contenu défini à l'avance.
I - Études pratiques
1°— la surface (écrans plans ou structures variées-concaves, convexes, en volumes, etc.) — le relief — le volume — la couleur — le mouvement
Utilisation de matériaux variés: plastique, plexiglas, matériel photographique, métaux et alliage, matériel électrique, projections, réflexions, lumière noire, etc.

2°— Etude de méthodes de contrôle, du phénomène visuel, perception, loi de l'information, et essais d'application sur la probabilité et le hasard.
3° Création d'une plastique groupant textes et travaux.

II - Activité publique
- Confrontation et critique des travaux avec participation extérieure au Centre. - Publication éventuelle et diffusion des idées du Centre. - Présentation périodique des recherches.
 

Paris, fin 1960.

Artistes associés

Hugo Demarco, Herbert Garcia Miranda, Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, François Molnar, Véra Molnar, François Morellet, Sergio Moyano,  Servanes, Francisco Sobrino, Joël Stein, Jean Pierre Yvaral.

Courant, mouvement, lieu à rapprocher