Nous croyons nécessaire d'affirmer que dans notre attitude, nous avons exclu toute prétention à l'absolu ou au définitif.
Notre principale préoccupation est de prendre une position consciente dans le courant de l'art actuel sur le plan plastique et sur le plan social.
Nous sommes parvenus à une activité artistique par les moyens traditionnels (étude du dessin, de la peinture, de l'histoire de l'art). De cet enseignement découle naturellement la création d'œuvres individuelles et uniques, et l'extériorisation de la personnalité. A cette voie correspond une structure sociale bien établie: salons, galeries critiques d'art, etc.
Deux alternatives se présentent à nous:
- ou nous continuons dans le monde mythique de la peinture, avec notre degré de capacité artistique, acceptant la situation du oréateur comme individu unique et privilégié, dont la position
sociale est des a présent établie
- ou, démystifiant l'art, nous le réduisons aux termes clairs équivalents à toute activité humaine.
Notre choix est fait !
Nous prétendons maintenant, au lieu d'un mécanisme obscur de création, nous intéresser au phénomène visuel vers lequel convergent nos conceptions et nos recherches pratiques.
Nous aimerions retirer de notre vocabulaire et de notre activité le mot art, en tout ce qu'il représente actuellement.
Il est vrai que certaines de nos expériences peuvent encore être appréciées d'une manière traditionnelle: dessin, tableau, relief, sculpture, etc.
En nous-mêmes commence à mourir l'idée de "l'œuvre artistique", du morceau d'art.
Nous savons que, pour obtenir des résultats dans cette voie, une longue étape de recherches sera nécessaire, jointe à une intense activité qui devra encore, en bien des points, se plier aux impératifs du panorama actuel de l'art. A cause de cela notre activité est accompagner d'une confrontation continue, en vue de cette prise de conscience. Toute œuvre d'art plastique est avant tout, une réalité visuelle. Nous affirmons l'existence du dialogue visuel entre l'être et l'objet. Et nous plaçons le fait plastique non dans l'émotivité de l'être, ou la réalisation artistique de l'œuvre en sol, mais dans une relation de ces deux pôles par des constantes visuelles. Nos recherches se situent sur ce plan immatériel existant entre l'objet plastique et l'oeil humain.
De là notre opposition aux réalisations plastiques qui s'adressent au monde subjectif de l'être, y recherchant par tous les moyens des résonances de caractère exclusivement émotionnel, ainsi que notre indifférence à l'égard des problèmes formels en tant que simple rhétorique de la surface, du volume, de l'espace du mouvement ou du temps. Le fait de placer nos recherches sur ce plan visuel entre l'être et l'objet, expliquera notre détachement de la forme en soi, avec son caractère particulier (Mondrian, écrits, 1941), et notre intérêt pour les relations pures atteindra le point où la forme sera. réduite à un degré infime d'expression individuelle, c'est-à-dire à l'anonymat et l'homogénéité.
En étendant cette attitude aux relations, nous permettrons à celles-ci également homogènes et anonymes, de concrétiser un état visuel nouveau que les éléments isolés ne peuvent donner.
Dans le cours de nos recherches, se fera chaque fois évident notre éloignement de l'objet plastique en soi avec ses solutions propres, et également de sa relation avec le spectateur dans le sens d'un contenu défini à l'avance.
I - Études pratiques
1°— la surface (écrans plans ou structures variées-concaves, convexes, en volumes, etc.) — le relief — le volume — la couleur — le mouvement
Utilisation de matériaux variés: plastique, plexiglas, matériel photographique, métaux et alliage, matériel électrique, projections, réflexions, lumière noire, etc.
2°— Etude de méthodes de contrôle, du phénomène visuel, perception, loi de l'information, et essais d'application sur la probabilité et le hasard.
3° Création d'une plastique groupant textes et travaux.
II - Activité publique
- Confrontation et critique des travaux avec participation extérieure au Centre. - Publication éventuelle et diffusion des idées du Centre. - Présentation périodique des recherches.
Paris, fin 1960.