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Supports surfaces

Mai 68. La France et le monde bougent ! L’art minimal, le Land Art et l’Arte Povera ont déjà fait leur apparition. Initiée par Claude Viallat avec le soutien du critique Jacques Lepage, l’exposition en plein air de Coroaze (Alpes Maritimes) donne en  juillet 1969 le coup d’envoi de ce qui va devenir le Groupe Supports-Surfaces. Un mouvement éphémère, forgé par la dialectique, et qui réunit des artistes opposés au Capitalisme. « L’objet de la peinture, c’est la peinture elle-même », affirme Viallat. Il s’ensuit un effacement de l’artiste et une déconstruction minutieuse et systématique du tableau. "Dezeuze peignait des châssis sans toile, moi je peignais des toiles sans châssis et Saytour l'image du châssis sur la toile". 

 

Miné par les dissensions politiques, le mouvement explose en 1971.

Principales expositions: 

Exposition Ecole spéciale d'architecture, Paris du 14 avril au 4 mai 1969 ; Musée du Havre du 7 juin au 7 juillet 1969 ; Coroaze, juillet 1969 ; Foyer international de la ville de Paris, Paris, mars 1970 ; Été 1970, une exposition itinérante dans le sud de la France dans 13 lieux différents parmi lesquels Aubais, Le Boulou, Banyuls, le lit du Paillon, etc. : une forêt, une carrière de pierre, une place de village, une rue, une galerie de peinture, une crique ou une grange deviennent un lieu d'exposition ; Accrochage des travaux de l'été, Galerie Jean Fournier, Paris, du 15 avril au 22 avril 1971 ; Support-Surface, ARC (Action, Recherche, Confrontation), Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, du 23 septembre au 15 octobre 1970 ; Théâtre de la Cité internationale, Cité universitaire, Paris, mai 1971 ; Supports Surfaces, Théâtre municipal de Nice, du 15 au 20 juin 1971.

Textes fondateurs: 

Positions du groupe Supports Surfaces
1 Le travail présenté à l'occasion de cette seconde exposition SUPPORTS / SURFACES est le fait d'une recherche théorique et d'un travail collectif. Il constitue par là-même une prise de position contre une conception individualiste de l'Art, la fétichisation de l'oeuvre d'un créateur omnipotent dont les "créations" ne sont en fait que des marchandises. Combattant ainsi la conception traditionnelle et bourgeoise de l'Art - c'est-à-dire névrotique et religieuse - la peinture est ici moyen et objet de connaissance ; inscrite dans un processus de production d'écriture-lecture en perpétuelle transformation - et non de production d'"objets réels" ou d'attitudes autour de ces objets, à usage du marché - elle ne donne pas ici uniquement "à voir". 2 Le sujet - le Je (sujet) -. Dans ce travail, le sujet est pensé comme effet de la matière et non comme centre conscient dont les productions seraient la périphérie, autrement dit le sujet, pris dans la chaine signifiante, n'est pas le maître de ce qu'il veut dire, ni le propriétaire exclusif de la conscience. Le sexe traverse son langage. En incessante transformation dialectique sujet et sens sont ici produits par la peinture. 3 Pratique signifiante. - Ici la peinture peut apparaître dans sa matérialité comme surfaces signifiantes. Les noms de Cézanne, Matisse, Mondrian, Pollock, Rothko, signalent cette production picturale qui se prend pour objet d'étude au cours de son inscription, qui se reconnaît comme peinture, pouvant dans ce mouvement faire la théorie de son engendrement et se régénère. 4 Théorie. - Ce travail porte à la fois le signifiant (le matériel spécifique) est est sur le signifié (l'idéologie véhiculée et ses processus) ; c'est pourquoi la théorisation de notre pratique est inséparable de notre pratique même. Cette théorisation s'articule aux "sciences de la signification" le plus avancées : linguistique et psychanalyse (sciences qui ne se situent pas elles-mêmes hors de l'idéologie et sont dans cette mesure articulées pour leur refonte au matérialisme dialectique et matérialisme historique, arme philosophique et politique de la seule classe réellement révolutionnaire pour l'ensemble de la société : la classe ouvrière). Cette théorisation doit faire face à un brouillage culturel et idéologique qui fait partie de la lutte des classes au niveau de la superstructure sociale, où n'importe quoi se veut théorie. Si nous prenons en considération les divers modes d'inscription de cette même pratique signifiante, nous sommes amenés, la situant dans le cadre de la contradiction principale (la lutte des classes) : 1. à lui restituera, dans ce cadre son rôle objectif au moment historique où elle est prise en considération, c'est-à-dire : 2. à opérer un retour sur la structure propre de véhicule idéologique (en ce qui concerne l'histoire de la peinture, les déterminations spéculaires du signifiant) ; 3. à analyser les formes névrotiques (religieuses) que prennent les déterminations dans le champ de tel ou tel type de contradiction spécifique ; 4. enfin à restituer cette pratique à sa complexité opératoire d'objet de connaissance dans le champ des autres pratiques sociales. 5. Politique. - Notre travail apparaît à un moment de déséquilibre accentué entre sa consommation et sa production (système de marché de l'art, système des avant-gardes à répétition, des avant-gardes académiques, etc.) et à un moment de désarroi général de l'idéologie dominante (surtout après mai 1968) dont la peinture est un des points d'ancrage. Notre travail porte sur un point précis : la peinture et son rapport à la philosophie et à la science (le fondement de notre théorie et de notre pratique étant le matérialisme historique et dialectique). Sa subversion n'est pas de type "ouvriériste" (l'art pour le peuple), mais subversion parce qu'elle prépare l'armement théorique et idéologique de la petite bourgeoisie intellectuelle : "De même que, jadis, une partie de la noblesse passa à la bourgeoisie, de nos jours une partie de la bourgeoisie passe au prolétariat, et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu'à l'intelligence théorique de l'ensemble du mouvement historique" (Marx_engels). Le groupe Supports / Surfaces, Avril 1971

Artistes associés: 

André-Pierre Arnal, Vincent Bioulès, Louis Cane, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Toni Grand, Bernard Pagès, Jean-Pierre Pincemin, Patrick Saytour, André Valensi, Claude Viiallat.

Artistes à rapprocher: 

Marcel Alocco, Albert Ayme, Georges Badin, Philippe Boutibomes, Claude Briard-Picard, Pierre Buraglio, Daniel Buren, Jose Luis Da Rocha, Gérard Duchêne, Pascal Fancony, Joël Frémit, Hervé Fischer, Simon Hantaï, Vivien Isnard, Christian Jaccard, Gervais Jassaud, Irène Lakiste, Jean-Louis Massot, Jean-Michel Meurice, Jean Mazeaufroid, Olivier Mosset, Michel Parmentier, Gaston Planet, François Rouan, Armand Scholtès ; Niele Toroni, Michel Vachey, Peter Valentiner.

Courant, mouvement, lieu à rapprocher: